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Léopold Survage (1875-1968), Architecture à la double silhouette de Guillaume Apollinaire, huile sur carton, 46 x 39 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €.
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| En couverture cette semaine |
Dans les toutes premières années du XXe siècle, un jeune homme épris de peinture entre à l’Académie des beaux-arts de Moscou. Cependant, Léopold Stürzwage est déçu par l’académisme de ses professeurs, Constantin Korovine et Leonid Pasternak. Il se rend les dimanches matin chez le collectionneur et mécène Schtoukine, qui reçoit les jeunes peintres pour leur montrer ses Manet, Gauguin, Cézanne et Matisse : il en est bouleversé. Léopold expose avec son ami Archipenko auprès des artistes d’avant-garde avant de retrouver son ami à Paris en 1909. Il peut alors réaliser son rêve : étudier à l’académie Matisse, qu’il quitte pourtant au bout de trois mois. Il préfère suivre les chemins tracés par Cézanne, pour le rythme, et Gauguin, pour la spiritualité. L’année 1913 marque un tournant dans sa vie : il rencontre Guillaume Apollinaire. L’auteur d’Alcools l’introduira dans le milieu artistique de la revue Les Soirées de Paris, où l’on croise Picasso, les Delaunay, Severini, De Chirico... En fait, le jeune Russe se présente chez le poète pour lui montrer ses "rythmes colorés", qu’il appelle aussi "symphonies en couleurs pour le cinéma". Puis la guerre a éclaté, le peintre s’installe à Nice avec la baronne d’Oettingen et le poète s’engage, sans cesser de s’occuper de "ses" artistes. En janvier 1917, Survage - il a francisé son nom - fournit trente-deux peintures à la première exposition des "Soirées de Paris". Apollinaire en rédige la préface en calligrammes : "Nul avant Survage n’a su mettre, dans une seule toile, une ville entière avec l’intérieur de ses maisons. Et cette ombre humaine qui surgit aux carrefours"... Comme une explication de texte de ce tableau. L’ombre ici se dédouble, visible au sortir d’une rue - portée sur un mur gris qui tranche avec les immeubles roses de la ville - et dans l’embrasure d’une porte. La mer, un citronnier avec un morceau de fruit et une fleur apportent une touche poétique à cette architecture qui a figuré dans la collection de Guillaume Apollinaire... |
Vendredi 2 mars, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Brissonneau SVV. M. Martin. |
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Chine, dynastie Qing,
époque Jiajing (1796-1820).
Vase de forme "hu" en porcelaine émaillée jaune à décor dit famille rose, au revers marque à six caractères
en rouge de Jiajing, h. 29 cm. Estimation : 40 000/60 000 €.
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| Paix et prospérité... |
On le distingue, hivernal, derrière une branche de pin et un nuage. Le soleil se dit yang en chinois, et son homophone sert à désigner le bouc. Justement, trois de ces animaux gambadent sur les panses de ce vase réalisé à l’époque Jiajing, dont il porte la marque au revers. Le soleil est aussi l’emblème de l’empereur, fils du Ciel, dont le jaune est la couleur. Comme si souvent en Chine, nous sommes en présence d’un objet symbolique. Le motif des trois boucs (san yang kai tai) annonce un avenir brillant : l’hexagramme "tai" est synonyme de paix et d’abondance dans le Yijing (Livre des changements), élaboré au premier millénaire avant Jésus-Christ, sous la dynastie des Zhou. Plus ancien texte et premier des livres classiques, ce traité décrit les états du monde et leur évolution ; il définit également le principe primordial du yin et du yang comme vision et essence même du monde. À chaque élément correspond son contraire et leur addition dévoile l’univers. Le pin, les pivoines en fleur - par trois, elles évoquent le printemps - sont autant de signes de bonheur. Quant au bouc, c’est aussi le symbole des premiers mois lunaires. L’harmonie parfaite : sous le soleil s’éveille la nature, gage de paix et de prospérité... |
Vendredi 24 février, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Pescheteau-Badin SVV. Mme Buhlmann, M. Portier. |
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Lampas "aux perdrix", XIXe siècle,
en réplique du tissage
de Philippe de Lasalle, décor broché
en soie polychrome, 161 x 55 cm. Estimation : 200/300 €.
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| Soi(e) dit en passant |
Après avoir fait ses classes comme dessinateur en soieries chez le peintre lyonnais Sarrabat, Philippe de Lasalle (1723-1804) monte se perfectionner à Paris auprès de Boucher et du peintre de fleurs Bachelier, puis au sein des manufactures des Gobelins et de la Savonnerie. En 1744, il est de retour à Lyon, où il s’établit. Avec une telle formation, rien d’étonnant à ce que ses compositions, destinées le plus souvent à des tissus d’ameublement et exécutées dans la technique du lampas et du lampas broché sur fond de satin, soient parmi les plus recherchées. C’est l’utilisation de la chenille de soie qui donne à ses productions ce velouté et un modelé sur lequel se déploient généreusement oiseaux au naturel et portraits en camaïeu. En 1775, Lasalle reçoit des mains de Turgot le cordon de l’ordre de Saint-Michel, quelques années plus tard Louis XVI le récompense de lettres de noblesse. Mais la Révolution entraîne sa ruine... Notre artiste a imprimé sa marque au château de Stanislas Leszczynski à Nancy, dans la chambre de Marie-Antoinette à Versailles, mais aussi en Autriche, en Espagne et en Russie, où Catherine II lui passa commande de tentures ornées de volatiles ou commémorant la conquête de la Crimée et la bataille de Tchesmé contre les Turcs en 1770. Notre étoffe n’est certes qu’une réplique : on l’aura compris, l’auteur de l’original fut l’un des plus grands dessinateurs que Lyon ait connus. Il porte à son apogée le mouvement naturaliste initié au début des 1730 par Jean Revel, qui par l’invention du "point berclé" (ou "rentré", nécessitant deux fils de trame de tons différents) augmente l’illusion dans le rendu. La chenille de soie permet à Philippe de Lasalle d’obtenir un velouté caractéristique à ses dessins et d’éviter la monotonie des motifs indéfiniment répétés. |
Mercredi 22 février, salle 10 -
Drouot-Richelieu, 14 h.
Aponem Deburaux SVV.
M. de Villelume. |
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Maison du roi, château royal de Saint-Cloud, 1824. Vente des bois provenant des abattages et élagages faits en 1822 et 1823, Imprimerie royale, 61 x 46 cm.
Estimation : 200/250 €.
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| Décrets et opinions |
Comment faisait-on, jadis, pour communiquer ou faire connaître des décisions importantes ou des opinions qui n’allaient pas forcément dans le sens du pouvoir religieux ou politique ? On faisait imprimer des papiers, ensuite apposés sur les murs des cités et bourgades. Ainsi des placards donnent en 1534 cette appellation à "l’affaire" : les protestants "placardent" durant la nuit du 17 octobre des affiches jusque dans les appartements du roi François Ier, à Amboise, qui décrivent les "Articles véritables sur les horribles, grands et insupportables abus de la messe royale". On peut voir là des écrits injurieux pour une idée ou une personne. Mais d’autres affiches, et les plus nombreuses, détaillent un avis à donner au public, pour chaque province : nouvelles mesures, impositions diverses, jours de marchés, etc. Viennent ensuite les placards plus politiques, notamment à partir de la Révolution avec les opinions de chaque conventionnel sur le procès de Louis XVI, dont celles de Robespierre, ici estimées environ 500 € pièce. Voilà un moyen efficace de faire connaître un fait ou une idée, un excellent outil de propagande également. Napoléon Bonaparte ne l’ignorait pas, se servant de ses bulletins de l’armée pour assurer la gloire de ses victoires. |
Jeudi 23 et vendredi 24 février. Salle 6 - Drouot-Richelieu.
Castor - Hara SVV. M. Courtois. |
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Bourgogne, Autun,
entourage d’Antoine Le Moiturier, vers 1470-1480. Sainte femme en pierre calcaire,
traces de polychromie, h. 120 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €.
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| Sculpture bourguignonne |
Antoine Le Moiturier est le dernier grand imagier de l’époque médiévale. Fort de l’union en 1364 de Philippe le Hardi - frère du roi Charles V - et de Marguerite de Mâle, héritière des comtés de Flandre, d’Artois et de Bourgogne, le duché de Bourgogne devient une puissance politique et économique majeure qui n’hésite pas à faire la preuve de sa richesse dans les arts. Sur ses terres se joueront les derniers développements de la sculpture gothique. Né en Avignon en 1425, Antoine Le Moiturier arrive en Bourgogne tardivement, à l’âge de 40 ans. C’est Agnès de Bourgogne en personne qui recommande l’artiste, neveu de Jacques Morel - auteur du tombeau de Charles de Bourbon et d’Agnès de Bourgogne dans l’église de Souvigny, près de Moulins. Le Moiturier termine en 1466, à la demande de Philippe le Bon, le tombeau de son père, Jean Sans Peur. Peu d’oeuvres sont attribuées avec certitude au sculpteur. Parmi elles, un groupe stylistiquement cohérent comprenant la Sainte Marguerite de la cathédrale d’Autun, la Sainte lisant du musée de Dijon, la Vierge à l’Enfant de l’église Saint-Philibert-sous-Gevrey et la Sainte Catherine du musée d’Autun. C’est à cet ensemble prestigieux que peut être rapprochée notre Sainte femme. A-t-elle été sculptée lors de la grande campagne de travaux lancée par le cardinal Rolin après la destruction de la tour du transept de la cathédrale d’Autun, frappée par la foudre en 1469 ? Une sculpture séduisante à plus d’un titre ! |
Dijon, dimanche 19 février.
Mes Sadde, Sadde Hôtel des ventes de Dijon SVV.
Mme Fligny. |
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Inde, Madhya Pradesh, Xe-XIe siècle.
Apsara dans une attitude de danse,
grès beige, h. 49, l. 20 cm. Estimation : 8 000/10 000 €.
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| Beauté céleste |
Gracieuse et sensuelle, cette figure d’apsara témoigne de la beauté des nymphes célestes de la religion hindouiste. Symboles du plaisir des sens, elles sont nées du "barattage de la mer de lait" et peuvent s’accoupler aussi bien aux dieux qu’aux démons. Ces divinités furent largement représentées à l’époque médiévale dans l’Inde du Nord. Elles ornaient, sous forme de reliefs ou de statues en ronde bosse, les murs des temples érigés, entre le VIIIe et le XIIIe siècle, dans cette région morcelée en de nombreux petits royaumes. Au coeur de l'ornementation, la femme occupe une place majeure, apparaissant en couple, dans des positions sexuelles, ou seule, sous forme d’apsara. Notre tentatrice n’est pas sans rappeler les figures animant les temples de Khajurâho élevés par la dynastie des Chandella, aux Xe et XIe siècles, dans le Madhya Pradesh. Là, plusieurs dizaines de temples hindouistes entouraient un lac ornemental. Le plus célèbre d’entre eux, consacré à Shiva, se nomme le Kandariya Mahadeo. Les "beautés célestes" y sont nombreuses et affichent leur sensualité. Ces représentations érotiques symbolisent l’extase éprouvée par l’âme humaine solitaire lorsqu’elle s’unit au principe divin, mais pourraient également avoir un lien avec le concept tantrique de l’énergie féminine. Cette iconographie n’est en rien étonnante dans une religion où le kama, la satisfaction du plaisir physique, est érigé en règle de vie. |
Louviers, dimanche 19 février.
Jean Emmanuel Prunier SVV,
Fécamp Enchères SVV. |
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Nouvelle-Guinée, région d’Angoram, sur les bords du fleuve Sépik. Crochet anthropomorphe féminin, bois à patine d’usage, h. 48 cm. Estimation : 12 000/15 000 €.
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| Voyage dans les mers du Sud |
L’expédition de la Korrigane, lancée en 1934 du port de Marseille, conduisit ses passagers autour du monde pendant plus de deux ans. Cinq Français accompagnés de neuf membres d’équipage étaient montés à bord de cette goélette avec pour mission d’explorer l’océan Pacifique. Le musée d’ethnographie du Trocadéro soutenait cette entreprise scientifique. De la Polynésie et de la Mélanésie furent rapportés quelque 2 500 objets, dont une grande partie appartient aujourd’hui aux collections du musée du quai Branly. Les aventuriers, puis leurs descendants, en ont conservé d’autres, dont une quarantaine sera dispersée lors de cette vacation rennaise. Parmi eux, ce crochet anthropomorphe féminin présentant un anneau de suspension à l’arrière de la tête, la partie supérieure du corps et celle du visage étant recouvertes d’argile. La région du fleuve Sépik est culturellement riche et les sculptures en bois y sont très nombreuses. Mais ces objets sont toujours associés à un rite particulier, le plus souvent des danses cérémonielles. Notre personnage féminin semble ainsi paré pour assister à l’une de ces fêtes sacrées. L’utilisation de la couleur, rouge ou blanc, occupe également un rôle majeur dans leurs coutumes. Image d’une ancêtre clanique ou d’une force créatrice primordiale, cet objet devait être suspendu dans la "maison des Hommes" ... placée au centre du village, elle était réservée aux initiés. |
Rennes, lundi 20 février.
Rennes Enchères SVV. M. Roudillon. |
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